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Exit tax et départ vers Dubaï : régime applicable et points-clés

Articulation entre l'article 167 bis CGI, la convention fiscale franco-émirienne du 19 juillet 1989, le UAE Corporate Tax et la Cabinet Decision 85/2022. Sursis sur option, garanties, représentant fiscal et cas chiffré pour un dirigeant cédant.

Pourquoi le couloir France→Émirats est un cas particulier

L'exit tax (article 167 bis du CGI) frappe le transfert du domicile fiscal vers n'importe quel État étranger, y compris les Émirats arabes unis. Mais le régime de sursis applicable est très différent selon que le contribuable rejoint un État membre de l'UE ou un État tiers comme les EAU. Trois éléments structurants conditionnent l'analyse :

  • La convention fiscale franco-émirienne du 19 juillet 1989, modifiée par avenant le 6 décembre 1993 et complétée par l'instrument BEPS de l'OCDE.
  • Le statut non-ETNC des EAU au sens de l'article 238-0 A du CGI : les Émirats ne figurent pas sur la liste française des États et territoires non coopératifs — un point qui conditionne notamment le régime des donations et du dégrèvement en cours de sursis (charge de la preuve du but non principalement fiscal, CGI, art. 167 bis, VII). Le sursis sur option de l'article 167 bis V CGI reste en tout état de cause accessible.
  • L'absence de la double condition exigée par le IV de l'article 167 bis CGI (convention d'assistance administrative et convention d'entraide en recouvrement) : le sursis automatique du IV ne peut donc pas être invoqué pour un départ vers les EAU.

Le régime de sursis applicable : sursis sur option (V)

Pour un départ vers Dubaï, c'est le sursis prévu au V de l'article 167 bis du CGI qui doit être sollicité. Il est conditionné :

  1. Au dépôt d'une proposition de garanties au plus tard 90 jours avant le transfert du domicile fiscal hors de France (décret n° 2019-868 du 21 août 2019).
  2. À la désignation d'un représentant fiscal en France, qui restera l'interlocuteur de l'administration française pendant toute la durée du sursis.
  3. Au respect des obligations déclaratives sur les formulaires 2074-ETD puis 2074-ETS (avec, depuis 2019, dispense de dépôt annuel lorsque le sursis ne porte que sur des plus-values latentes — CGI, ann. III, art. 41 tervicies à 41 tervicies L).
Erreur fréquente

Beaucoup de candidats à l'expatriation à Dubaï pensent qu'aucune démarche n'est nécessaire avant leur départ. Le délai de 90 jours est un délai de procédure, non un objectif idéal : son non-respect conduit à la perte du sursis et à l'exigibilité immédiate de l'impôt à la date du transfert.

Articulation avec le UAE Corporate Tax

Depuis le 1er juin 2023, les Émirats arabes unis appliquent un impôt sur les sociétés fédéral (Federal Decree-Law No. 47 of 2022) au taux standard de 9 % au-delà de 375 000 AED de bénéfice imposable. Les entités situées en zone franche peuvent bénéficier du régime QFZP (Qualifying Free Zone Person) à 0 % sur leur revenu qualifiant, sous réserve de respecter les conditions posées par la Cabinet Decision No. 100 of 2023 et la Ministerial Decision No. 229 of 2025.

Pour le contribuable individuel placé sous sursis, le UAE Corporate Tax n'a pas d'impact direct sur l'exit tax française : ce sont deux impôts portant sur deux contribuables différents (la personne physique pour l'exit tax, la société pour le Corporate Tax). L'articulation se joue plutôt au niveau des distributions reçues par la personne physique, lesquelles relèvent — pour un résident fiscal émirien — du régime fiscal de l'État de la source en application de la convention bilatérale.

Documenter la résidence fiscale émirienne

La sécurisation du sursis suppose, dans la durée, de pouvoir documenter sans ambiguïté la résidence fiscale émirienne. Trois critères alternatifs sont prévus par la Cabinet Decision No. 85 of 2022 :

  • Présence physique d'au moins 183 jours sur 12 mois consécutifs ;
  • Présence d'au moins 90 jours avec liens qualifiants (visa résident, logement, emploi ou activité commerciale) ;
  • Foyer permanent ou centre des intérêts économiques aux EAU.

Le Tax Residency Certificate (TRC) délivré par la Federal Tax Authority constitue un élément probatoire utile, mais il n'est pas opposable à l'administration française dans tous les cas : la résidence fiscale est, du côté français, appréciée au regard de l'article 4 B du CGI et, le cas échéant, de la clause de départage de la convention de 1989.

Cas pratique chiffré

Hypothèse de travail

Dirigeant fondateur d'une SAS française, 47 ans, marié sans enfants. Détient 100 % d'une société valorisée 5 000 000 € à la veille du départ, contre un prix d'acquisition cumulé de 100 000 €. Plus-value latente : 4 900 000 €. Aucun abattement applicable (titres acquis après le 1er janvier 2018).

Calcul de l'impôt brut sans sursis : 4 900 000 € × 31,4 % (PFU 12,8 % + prélèvements sociaux 18,6 %) = 1 538 600 € exigibles à la date du transfert.

Avec sursis sur option du V : aucun versement immédiat. Garanties à proposer 90 jours avant le départ ; représentant fiscal à désigner. Si les titres sont conservés 5 ans (portefeuille > 2,57 M€), l'exit tax fait l'objet d'un dégrèvement d'office (CGI, art. 167 bis, VII — en pratique via la déclaration de suivi 2074-ETS3), à la condition stricte qu'aucun événement de déchéance ne soit intervenu entretemps.

Erreurs spécifiques au couloir EAU

  • Maintien d'un foyer en France (résidence secondaire utilisée régulièrement, conjoint ou enfants restés sur le territoire) : risque majeur de requalification de la résidence fiscale par l'administration française.
  • Sous-estimation du formalisme du V : caution bancaire mal calibrée, garantie insuffisante, désignation tardive du représentant fiscal.
  • Confusion entre Corporate Tax UAE et exit tax : ce sont deux impôts portant sur deux personnes morales/physiques différentes, qui n'interagissent pas directement.
  • Cession partielle non notifiée : toute cession durant le sursis emporte déchéance proportionnelle ; l'administration doit être informée.

Synthèse opérationnelle

Le départ vers Dubaï combine deux régimes complexes : le sursis sur option de l'article 167 bis V CGI et le régime fiscal émirien post-2023. La séquence opérationnelle minimale comporte un audit à T-12 mois, une préparation à T-6 mois, une formalisation à T-3 mois, une exécution à T-0, puis un suivi déclaratif pendant 2 ou 5 ans : annuel lorsque la nature des gains l'impose et événementiel dans les autres cas.

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Sources officielles & jurisprudence

Références à jour à la date de dernière révision, citées à titre informatif. Toute application à une situation particulière requiert une analyse individualisée.

Textes

Doctrine administrative (BOFiP)

  • BOI-RPPM-PVBMI-50 (exit tax) ; -50-10-30 (sursis) ; -50-10-40 (dégrèvement) ; -50-10-50 (obligations déclaratives 2074-ETD/2074-ETS). (doctrine historique archivée ; à croiser avec le CGI, les textes réglementaires et les formulaires/notices 2026)

Jurisprudence

  • CE 15 décembre 2025, n° 495783 — le sursis suspend la prescription de l'action en recouvrement ; la carence déclarative ne rétablit l'exigibilité qu'après mise en demeure restée infructueuse.
  • CE 5 février 2025, n° 476399 — limites de la rétroactivité de l'exit tax au regard du droit de l'Union.
  • CJCE 11 mars 2004, de Lasteyrie du Saillant, C-9/02 ; CE 10 novembre 2004, n° 211341 ; CE 29 avril 2013, n° 357576 ; CE 20 mai 2022, n° 449038.

Réponse essentielle

Articulation entre l'article 167 bis CGI, la convention fiscale franco-émirienne du 19 juillet 1989, le UAE Corporate Tax et la Cabinet Decision 85/2022. Sursis sur option, garanties, représentant fiscal et cas chiffré pour un dirigeant cédant.

Références de la page : 167 bis du CGI · Décret n° 2019-868 du 21 août 2019

Schéma d’analyse GEOTAX : Exit tax et départ vers Dubaï : régime applicable et points-clés
Grille de lecture GEOTAX pour Exit tax : identifier les faits, vérifier les sources applicables, tester les conditions et exceptions, puis documenter l’action.
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