Expertises Exit tax (167 bis CGI) Résidence fiscale UAE Corporate Tax UAE Convention France-EAU Création de société Expatriation fiscale
Outils Simulateur exit tax Test résidence UAE Checklist 12 mois (PDF) Comparateur free zones
Insights Tous les articles Impôt universel (CF380) Exit tax 2026 Presse
Le cabinet À propos Consultation & honoraires Presse Contact
Prendre rendez-vous

Amendement I-CF380 : un impôt universel contraire au droit européen et aux conventions fiscales

Adopté en commission des finances le 21 octobre 2025 puis rejeté en séance à une voix près, l'amendement I-CF380 voulait imposer pendant dix ans les revenus mondiaux des Français partis vers des pays à faible fiscalité. Analyse d'un dispositif juridiquement vicié — et des raisons pour lesquelles il reviendra.

En bref — Prescription et exit tax

Le sursis de paiement de l'exit tax (article 167 bis du CGI) a pour effet de suspendre la prescription de l'action en recouvrement jusqu'à la date de l'événement qui y met fin (cession des titres, retour en France, etc.). La simple omission des déclarations de suivi ne fait pas, à elle seule, courir la prescription : sous le régime actuel, l'exigibilité immédiate consécutive à un manquement déclaratif n'est rétablie qu'après une mise en demeure de régulariser restée infructueuse dans les trente jours (art. 91 quaterdecies de l'annexe II au CGI, pour l'application du IX de l'article 167 bis). Un contribuable ne peut donc se prévaloir de sa propre carence déclarative pour échapper au paiement de l'exit tax (CE 15 décembre 2025, n° 495783).

Mise à jour. L'amendement I-CF380, adopté en commission des finances le 21 octobre 2025, a finalement été rejeté en séance publique dans la nuit du 24 au 25 octobre 2025, à une voix près (131 voix pour, 132 contre). L'« impôt universel ciblé » ne figure donc pas dans la loi de finances pour 2026. L'analyse qui suit conserve toute sa portée : l'idée d'un impôt fondé sur la nationalité ou la résidence passée revient régulièrement dans le débat budgétaire français, et les obstacles juridiques exposés ici demeurent.

Le 21 octobre 2025, la commission des finances de l'Assemblée nationale a adopté l'amendement I-CF380 au projet de loi de finances pour 2026. Porté par le groupe La France Insoumise, ce texte entendait instaurer un « impôt universel ciblé » applicable aux contribuables quittant la France vers des pays à faible fiscalité. L'objectif affiché : freiner l'exil fiscal en maintenant, pendant dix ans après le départ, une obligation fiscale française sur les revenus mondiaux. Mais derrière cet affichage politique se cache une construction fragile, heurtant à la fois le droit européen et le réseau conventionnel international.

I. Le mécanisme de l'amendement I-CF380

L'amendement I-CF380 vise deux catégories de contribuables. D'une part, les personnes de nationalité française, quelle que soit leur durée de résidence antérieure en France. D'autre part, les personnes ayant résidé au moins trois ans en France durant les dix années précédant leur départ, quelle que soit leur nationalité. Cette seconde catégorie est particulièrement importante car elle inclut les cadres expatriés étrangers, les entrepreneurs internationaux et les investisseurs ayant créé des liens fiscaux temporaires avec la France.

Pour que l'impôt universel s'applique, trois conditions cumulatives doivent être réunies :

Le dispositif prévoit un système d'imposition différentielle. Le contribuable reste imposable en France sur ses revenus mondiaux pendant dix années après son départ. Un crédit d'impôt est accordé pour l'impôt déjà payé dans le pays de résidence. En pratique, le contribuable paie la différence entre l'impôt français théorique et l'impôt étranger effectif. Cette mécanique ressemble à celle appliquée par les États-Unis dans le cadre de leur « citizenship-based taxation », mais avec une portée plus large puisqu'elle inclut les anciens résidents non français.

Illustration. Prenons le cas de Marc, entrepreneur français qui s'installe à Dubaï après avoir vendu sa start-up. Ses revenus annuels s'élèvent à 500 000 euros. L'impôt théorique en France serait d'environ 200 000 euros, compte tenu de la tranche marginale à 45 % et des prélèvements sociaux. À Dubaï, il n'existe pas d'impôt sur le revenu des personnes physiques. Selon l'amendement I-CF380, Marc devrait donc payer 200 000 euros par an à la France pendant dix ans, soit une charge fiscale totale de 2 millions d'euros — et ce même s'il n'a plus aucun lien économique avec le territoire français.

II. Les incompatibilités juridiques majeures

A. Violation caractérisée du droit de l'Union européenne

Les libertés fondamentales consacrées par le Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne — libre circulation des travailleurs (art. 45 TFUE), liberté d'établissement (art. 49) et libre circulation des capitaux (art. 63) — interdisent toute mesure nationale dissuadant le départ ou la mobilité à l'intérieur de l'Union. L'amendement I-CF380 produit un effet dissuasif évident : un cadre acceptant une mutation aux Pays-Bas ou un entrepreneur créant une filiale au Portugal resterait imposable en France pendant dix ans. Une telle contrainte porte atteinte à la liberté de circulation, comme l'a jugé la Cour de justice dans l'arrêt de Lasteyrie du Saillant (CJCE, 11 mars 2004, aff. C-9/02), qui avait censuré l'exit tax française au motif qu'elle décourageait la mobilité des contribuables.

La Cour a également précisé, dans l'arrêt National Grid Indus (CJUE, 29 novembre 2011, aff. C-371/10), que toute exit tax doit respecter le principe de proportionnalité : elle doit viser des montages artificiels, être limitée dans le temps et offrir des garanties de sursis. L'amendement I-CF380 méconnaît ces exigences : dix années d'imposition universelle, sans possibilité de décharge anticipée, constituent une restriction manifeste et disproportionnée.

En outre, la présomption irréfragable selon laquelle tout départ vers un État à fiscalité inférieure de 40 % constituerait un acte d'évasion fiscale est contraire à la jurisprudence Thin Cap Group Litigation (CJCE, 13 mars 2007, aff. C-524/04), qui exige que le contribuable puisse démontrer que son transfert répond à des motifs économiques réels. Le dispositif français érige donc en principe une suspicion généralisée d'abus, incompatible avec le droit européen.

B. Violation des conventions fiscales internationales

Le réseau conventionnel français, fondé sur le Modèle de Convention OCDE, repose sur le principe de résidence exclusive : un contribuable ne peut être résident fiscal que d'un seul État à la fois, et seul l'État de résidence peut imposer les revenus mondiaux. Les conventions signées par la France prévoient une répartition précise des droits d'imposition : salaires, dividendes, plus-values. L'amendement I-CF380 rompt cet équilibre en prétendant imposer des revenus dont la compétence revient exclusivement à l'État de résidence.

La clause de sauvegarde « sous réserve des conventions fiscales » ne résout rien ; elle constitue au contraire un aveu d'impuissance juridique. Dans la quasi-totalité des cas (Suisse, Belgique, Portugal, Singapour, Émirats arabes unis, Malte, etc.), les conventions interdisent toute imposition par la France des revenus de source étrangère. L'amendement serait donc inapplicable dans plus de 95 % des expatriations réelles.

Le mécanisme du crédit d'impôt ne suffit pas non plus à éviter la double imposition : divergences d'assiette, revenus exonérés à l'étranger, ou prélèvements sociaux français non couverts par les conventions. L'imposition résiduelle serait inévitable. Enfin, la renégociation des conventions fiscales françaises pour permettre une telle extension d'imposition relèverait de la fiction diplomatique : chaque négociation dure plusieurs années, et aucun État attractif n'acceptera d'affaiblir sa souveraineté fiscale.

III. Conclusion

L'amendement I-CF380 serait inapplicable au sein de l'Union européenne en raison des libertés de circulation, et dans la quasi-totalité des pays conventionnés du fait de la primauté des conventions fiscales (art. 55 de la Constitution). Les rares États non conventionnés à faible fiscalité représentent une fraction infime des expatriations réelles. Le rendement fiscal serait nul ; les coûts administratifs et contentieux, considérables.

Sur le plan économique, le texte enverrait un signal désastreux : celui d'un pays prêt à ignorer le droit européen pour satisfaire un réflexe idéologique. Il créerait une insécurité juridique majeure pour les contribuables et réduirait les efforts menés depuis dix ans pour renforcer l'attractivité de la France. La lutte contre l'évasion fiscale mérite mieux qu'une mesure symbolique condamnée d'avance. Les outils existent : contrôle ciblé des montages artificiels (LPF, art. L. 64), extension mesurée de l'exit tax, échange automatique d'informations, coopération OCDE et G20.

Au total, l'amendement I-CF380 viole les libertés de circulation garanties par le TFUE et le principe de résidence exclusive issu du Modèle OCDE. En raison de sa portée excessive, de sa durée disproportionnée et de son incompatibilité avec le réseau conventionnel, il serait inapplicable dans la quasi-totalité des situations. Une réforme fondée sur la justice fiscale ne saurait exister sans respect du droit. L'intention peut être louable ; la méthode, ici, est juridiquement viciée.

Un projet de départ vers Dubaï dans ce contexte ?

Exit tax (art. 167 bis CGI), résidence fiscale émirienne, convention France-EAU du 19 juillet 1989 : GEOTAX sécurise votre expatriation au regard du droit en vigueur — pas des annonces politiques.

Audit exit tax WhatsApp GEOTAX

Sources officielles & jurisprudence

  • Amendement n° I-CF380 au PLF 2026 — Assemblée nationale (adopté en commission le 21 octobre 2025, rejeté en séance le 25 octobre 2025) ;
  • CJCE, 11 mars 2004, de Lasteyrie du Saillant, aff. C-9/02 — Curia ;
  • CJUE, 29 novembre 2011, National Grid Indus, aff. C-371/10 — Curia ;
  • CJCE, 13 mars 2007, Test Claimants in the Thin Cap Group Litigation, aff. C-524/04 — Curia ;
  • Articles 45, 49 et 63 du TFUE ; article 55 de la Constitution du 4 octobre 1958 ; LPF, art. L. 64 (abus de droit) ;
  • Sur le rejet en séance : LCP — Assemblée nationale.

Mots-clés : impôt universel ciblé — amendement I-CF380 — exit tax — droit de l'Union européenne — CJUE — conventions fiscales — Modèle OCDE — exil fiscal — proportionnalité — article 55 de la Constitution — L. 64 LPF.

Pilotez votre exit tax avec GEOTAX

L'exit tax exige une analyse fine de l'assiette, des seuils de détention, du sursis de paiement et des garanties. GEOTAX étudie votre patrimoine, évalue vos plus-values latentes et pilote la déclaration 2074-ETD ainsi que la mise en place du sursis pour les départs vers les EAU.

+971 55 659 4477 Prendre rendez-vous
Exit tax · Réserver un audit (60 min)