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IFI et immobilier de Dubaï : le piège du patrimoine mondial

Un résident fiscal français est imposable à l'IFI sur son immobilier partout dans le monde, Dubaï compris, au-delà de 1,3 M€. La convention France-EAU ne l'exonère pas. Comment l'anticiper avant d'acheter.

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En bref — IFI

Une personne fiscalement domiciliée en France est redevable de l'impôt sur la fortune immobilière (IFI) sur l'ensemble de son patrimoine immobilier mondial, biens situés à Dubaï compris, lorsque la valeur nette taxable dépasse 1 300 000 € au 1er janvier. Les Émirats arabes unis n'ayant aucun impôt sur la fortune, il n'existe aucun impôt local à imputer : le bien de Dubaï est donc intégralement pris en compte pour l'IFI français. C'est l'un des pièges les plus fréquents de l'acquisition à Dubaï.

Le principe : IFI mondial pour les résidents de France

L'IFI frappe le patrimoine immobilier des personnes physiques dont la valeur nette taxable excède 1 300 000 € au 1er janvier de l'année d'imposition. Pour une personne domiciliée fiscalement en France au sens de l'article 4 B du CGI, l'assiette comprend l'ensemble des biens et droits immobiliers, qu'ils soient situés en France ou hors de France. Un appartement, une villa ou un local détenu à Dubaï entre donc dans l'assiette au même titre qu'un bien français.

Le seuil de 1,3 M€, mais un calcul dès 800 000 €

L'IFI n'est dû que si le patrimoine net taxable dépasse 1 300 000 €. Mais lorsque ce seuil est franchi, le barème s'applique à partir de 800 000 € (première tranche à 0 %, puis 0,50 % de 800 000 € à 1 300 000 €, etc.). Un patrimoine immobilier de 1,4 M€ incluant un bien à Dubaï devient ainsi imposable, alors qu'il aurait pu passer sous le seuil sans l'acquisition émirienne.

La convention France-EAU n'exonère pas votre bien de Dubaï

On croit parfois que la convention fiscale France-Émirats arabes unis du 19 juillet 1989, qui couvre aussi l'impôt sur la fortune, protège l'immobilier de Dubaï. Ce n'est pas le cas pour un résident français. La stipulation conventionnelle relative à la fortune (article 16 A) organise une exonération au bénéfice des résidents des Émirats à raison de leur fortune immobilière située en France, sous conditions — c'est-à-dire la situation inverse (voir la doctrine BOI-INT-CVB-ARE). Elle ne prévoit aucune exonération, pour un résident de France, de son immobilier situé aux Émirats. Le droit interne s'applique donc pleinement.

Base imposable : ce qui se déduit

La valeur retenue est la valeur vénale au 1er janvier. Sont notamment déductibles, sous conditions, les dettes afférentes au bien — en particulier l'emprunt ayant financé l'acquisition (capital restant dû). Un achat de Dubaï financé par un crédit adossé peut ainsi réduire l'assiette IFI, mais les règles anti-abus de plafonnement des dettes (notamment pour les prêts in fine et les emprunts familiaux) doivent être vérifiées au cas par cas.

Déclaration

L'IFI est déclaré en même temps que l'impôt sur le revenu, sur l'annexe dédiée (déclaration n° 2042-IFI), en y portant le détail et la valeur des biens, y compris ceux situés à l'étranger. L'omission d'un bien étranger expose aux rappels et pénalités de droit commun.

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Le barème 2026 et la décote

Par ailleurs, le seuil d'assujettissement de 1 300 000 € ne doit pas être confondu avec le point de départ du barème. Dès lors que le patrimoine immobilier net taxable dépasse 1,3 M€, l'impôt se calcule sur la fraction excédant 800 000 €, selon le barème progressif de l'article 977 du CGI, applicable à l'IFI dû au titre de 2026 (patrimoine apprécié au 1er janvier 2026).

Fraction de la valeur nette taxableTaux
Jusqu'à 800 000 €0 %
De 800 000 € à 1 300 000 €0,50 %
De 1 300 000 € à 2 570 000 €0,70 %
De 2 570 000 € à 5 000 000 €1 %
De 5 000 000 € à 10 000 000 €1,25 %
Au-delà de 10 000 000 €1,50 %

En outre, une décote s'applique aux patrimoines compris entre 1,3 M€ et 1,4 M€ : l'impôt est diminué d'une somme égale à 17 500 € − 1,25 % de la valeur nette taxable, ce qui lisse l'entrée dans l'impôt.

Enfin, l'article 979 du CGI prévoit un plafonnement : le total formé par l'IFI et les impôts dus en France et à l'étranger sur les revenus de l'année précédente ne peut excéder 75 % des revenus mondiaux nets. Pour un investisseur installé à Dubaï une partie de l'année ou percevant des revenus modestes en France, ce plafonnement peut réduire sensiblement l'IFI dû ; son calcul obéit toutefois à des règles précises et anti-abus, à valider au cas par cas.

Cas chiffré : appartement à Business Bay dans un patrimoine de 2,4 M€

Soit un résident fiscal français détenant, au 1er janvier, un patrimoine immobilier mondial net taxable de 2 400 000 €, dont un appartement à Business Bay valorisé 900 000 € nets de l'emprunt restant dû.

FractionCalculImpôt
800 000 € → 1 300 000 €500 000 € × 0,50 %2 500 €
1 300 000 € → 2 400 000 €1 100 000 € × 0,70 %7 700 €
IFI dû (avant plafonnement éventuel)10 200 €

La convention ne change rien à ce résultat : l'article 19, paragraphe 3, accorde un crédit égal à l'impôt payé aux Émirats sur cette fortune — soit zéro, les Émirats ne prélevant pas d'impôt sur la fortune. L'appartement de Dubaï supporte donc l'IFI français à taux plein, dans les mêmes conditions qu'un bien situé en France.

À l'inverse, deux leviers légaux jouent réellement : la déduction du passif d'acquisition (l'emprunt contracté pour acheter le bien vient réduire sa valeur taxable, sous les garde-fous anti-abus des articles 973 et 974 du CGI) et, pour les personnes qui s'installent ou se réinstallent en France après au moins cinq années civiles de domiciliation à l'étranger, l'exclusion temporaire des biens situés hors de France pendant cinq ans — un point décisif pour un retour de Dubaï, à articuler avec le régime du retour d'expatriation.

Questions fréquentes

Non. Une personne non domiciliée fiscalement en France n'est redevable de l'IFI qu'à raison de ses biens immobiliers situés en France. Un résident fiscal des Émirats, propriétaire d'un bien à Dubaï, n'entre pas dans le champ de l'IFI français pour ce bien. Encore faut-il que la résidence fiscale émirienne soit effective et documentée.
En principe oui : les dettes afférentes à un bien imposable, dont l'emprunt d'acquisition, sont déductibles de sa valeur. Des dispositifs anti-abus encadrent toutefois la déduction (prêts in fine, prêts consentis par un proche, plafonnement pour les patrimoines élevés). L'effet réel doit être vérifié au cas par cas.
Pas par principe. L'IFI atteint aussi les parts de sociétés à hauteur de la fraction représentative d'immeubles, y compris les SCI et, sous conditions, certaines sociétés étrangères. La détention via une structure ne fait donc pas, à elle seule, sortir le bien de l'assiette. C'est l'objet de la page structuration.
Les deux affirmations sont vraies mais ne visent pas la même chose : l'IFI ne se déclenche que si le patrimoine immobilier net taxable excède 1 300 000 € au 1er janvier ; une fois ce seuil franchi, le calcul reprend la fraction comprise entre 800 000 € et 1 300 000 € au taux de 0,50 % (art. 977 du CGI). Une décote lisse l'entrée dans l'impôt entre 1,3 M€ et 1,4 M€.
Oui, potentiellement. L'article 979 du CGI plafonne le total IFI + impôts sur les revenus à 75 % des revenus mondiaux nets de l'année précédente. Un contribuable dont les revenus imposables sont faibles au regard de son patrimoine peut voir son IFI réduit par ce mécanisme. Le calcul intègre toutefois des règles de réintégration anti-abus : il doit être établi précisément, au cas par cas.
Pas nécessairement. La personne qui transfère son domicile fiscal en France après avoir été domiciliée hors de France pendant les cinq années civiles précédentes n'est imposable, pendant cinq ans, que sur ses biens immobiliers situés en France : le bien de Dubaï reste temporairement hors de l'assiette. Ce différé, précieux dans un projet de retour, suppose de dater précisément le transfert de domicile.
La valeur vénale réelle du bien au 1er janvier de l'année d'imposition, convertie en euros. En pratique, elle se documente par des références de transactions comparables, une estimation professionnelle locale ou la valeur d'acquisition actualisée ; la méthode retenue doit être cohérente d'une année sur l'autre et défendable en cas de demande de justifications.

Sources officielles

Références à jour au 7 juillet 2026. Toute application à une situation particulière requiert une analyse individualisée.

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