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Régime QFZP à Dubaï : le 0 % décrypté (et ses limites)

Le régime QFZP (Qualifying Free Zone Person) constitue l'un des piliers du Corporate Tax émirati pour les entreprises établies en Free Zone. Codifié aux articles 18 et 19 du Federal Decree-Law n° 47/2022 et précisé par la Cabinet Decision n° 100/2023 et la Ministerial Decision n° 229/2025 (qui a remplacé la MD n° 265/2023 avec effet rétroactif au 1er juin 2023), il permet à une société de Free Zone éligible d'être imposée au taux de 0 % sur son Qualifying Income, le reste de son résultat imposable étant taxé à 9 % dès le premier dirham (le seuil de 375 000 AED ne s'applique pas aux QFZP). Il s'agit d'un régime sectoriel d'impôt sur les sociétés : il ne s'applique pas aux personnes physiques, lesquelles ne sont en tout état de cause pas soumises à un impôt fédéral sur le revenu aux EAU. Ce régime d'apparence simple recèle des pièges substantiels : une définition étroite des activités qualifiantes, une règle de minimis sévère qui annule l'exonération au-delà d'un certain seuil de revenus non-qualifiants, et une obligation permanente de maintenir une substance économique réelle aux EAU.

En bref — Régime QFZP

Le régime du Qualifying Free Zone Person (QFZP) est régi par les articles 18 et 19 du Federal Decree-Law n° 47/2022, complétés par la Cabinet Decision n° 100/2023 sur le Qualifying Income et par la Ministerial Decision n° 229/2025 sur les activités qualifiantes (qui a remplacé la MD n° 265/2023). Il permet à une société établie en Free Zone d'être imposée au taux de 0 % sur son Qualifying Income (et 9 % sur le reste). L'éligibilité suppose la satisfaction cumulative des conditions suivantes : (i) constitution dans une Free Zone au sens de la Corporate Tax Law, (ii) génération de Qualifying Income à raison d'une Qualifying Activity, (iii) respect du test de minimis (revenus non-qualifiants ≤ 5 % du chiffre d'affaires total ou 5 000 000 AED, le plus faible des deux — Cabinet Decision n° 100/2023, art. 4), (iv) maintien d'une substance économique adéquate dans la free zone (Cabinet Decision n° 100/2023), (v) respect des règles de prix de transfert, (vi) tenue d'états financiers audités (Ministerial Decision n° 82/2023). La perte du statut QFZP entraîne l'imposition au régime de droit commun (9 % au-delà de la franchise de 375 000 AED) à compter du début de la période fiscale de défaillance et pour les quatre périodes suivantes (Federal Decree-Law n° 47/2022, art. 18(3) ; Cabinet Decision n° 100/2023).

Les fondations du régime QFZP

Le régime QFZP reconnaît une exonération fiscale complète aux sociétés (personnes juridiques : LLC, SPA, etc.) dont l'activité professionnelle est confinée aux Free Zones de Dubaï (ou d'autres émirats), et qui exercent une activité inscrite à la liste des secteurs qualifiants. Cette exonération s'applique au niveau de l'entreprise (pas d'impôt sur les bénéfices du Corporate Tax). Le QFZP ne s'applique pas aux personnes physiques en tant que salariées ou résidents—il s'agit d'un régime d'imposition des sociétés (juridical persons), non d'un impôt sur le revenu personnel.

L'exonération est conditionnée par deux éléments critiques : (1) l'activité doit être expressément qualifiante selon la Ministerial Decision n° 229/2025 (ex-MD n° 265/2023), prise en application de la Cabinet Decision n° 100/2023 ; (2) vous devez maintenir une substance réelle et effective dans la free zone, c'est-à-dire un bureau physique, des salariés rémunérés locaux, et l'exercice effectif des activités principales (CIGA) depuis les EAU.

Les activités qualifiantes (liste limitative de la MD n° 229/2025)

Les treize activités qualifiantes sont : fabrication de biens ; transformation de biens ; négoce de qualifying commodities (métaux, minéraux, énergie, produits agricoles, et depuis la MD 229/2025 produits chimiques industriels et commodities environnementales) ; détention de titres et participations ; propriété, gestion et exploitation de navires ; réassurance ; gestion de fonds ; gestion de patrimoine et d'investissements ; services de siège aux parties liées ; trésorerie et financement (parties liées ou compte propre) ; financement et leasing d'aéronefs ; distribution de biens dans ou depuis une Designated Zone ; services logistiques — plus les activités auxiliaires. Le conseil, les services génériques et le développement logiciel ne sont pas qualifiants. Sont par ailleurs exclus : transactions avec des personnes physiques (sauf exceptions limitées), banque, assurance (hors réassurance et captives), finance et leasing hors cas listés, et la plupart des revenus immobiliers.

La règle de minimis : le véritable filet de sécurité

Nombreux entrepreneurs français découvrent trop tard que le régime QFZP comporte une « règle de minimis » qui annule l'exonération si vous dépassez un seuil de revenus provenant de sources non-émirates. Cette règle stipule : si votre chiffre d'affaires provenant de sources situées hors des EAU (revenus de France, de pays tiers, revenus locatifs d'immeubles français, etc.) dépasse 5 % de votre chiffre d'affaires annuel total, vous perdez immédiatement votre statut QFZP pour l'exercice en question.

La règle de minimis dispose que les revenus non-qualifiants (tirés d'activités non listées ou de transactions exclues, par exemple avec le mainland hors cas permis) ne doivent pas DÉPASSER le MINIMUM des deux critères : 5 % du chiffre d'affaires total, OU 5 millions AED en valeur absolue (c'est-à-dire, le plafond le PLUS BAS — Cabinet Decision n° 100/2023, art. 4). Exemple : si votre chiffre d'affaires total est 100 millions AED, le seuil de 5 % = 5 millions AED ; si vos revenus non-qualifiants atteignent 5 millions AED, vous êtes exactement au plafond. Un dirham au-delà = dépassement du seuil et perte de QFZP.

Exemple concret de perte de statut

Vous opérez une activité de conseil en Free Zone Dubaï pour un chiffre d'affaires annuel de 4 000 000 AED (clients internationaux qualifiants). Au cours de l'exercice, vous facturez 250 000 AED à un client basé en mainland UAE — revenu non qualifiant. Le seuil de minimis applicable est le plus bas entre 5 % du revenu total (= 200 000 AED) et 5 millions AED ; il s'établit donc à 200 000 AED. Vos 250 000 AED de revenus non qualifiants dépassent ce plafond. Conséquence : perte intégrale du statut QFZP à compter du début de l'exercice et pour les quatre exercices suivants (Federal Decree-Law n° 47/2022, art. 18(3) ; Cabinet Decision n° 100/2023, art. 4). L'ensemble du résultat imposable redevient soumis au Corporate Tax au taux standard (9 % sur la fraction du résultat imposable supérieure à 375 000 AED). NB : la détention d'un portefeuille de valeurs mobilières françaises par une personne physique est sans incidence sur le statut QFZP de la société (revenu personnel, hors CT).

L'exigence de substance réelle

Au-delà de la mécanique des seuils, le régime QFZP exige une « substance réelle » aux EAU. Cela signifie concrètement :

Les risques en cas de perte de statut QFZP

Si la FTA détecte que vous avez bénéficié du statut QFZP sans respecter les conditions (absence de substance réelle, dépassement silencieux du seuil de minimis, activité non-qualifiante), les conséquences sont graves :

Interaction avec la fiscalité française

Important : le bénéfice du régime QFZP en tant que résident fiscal aux EAU ne vous exonère pas automatiquement d'impôt en France si vous avez des revenus de source française ou si vous n'êtes pas entièrement détaché du territoire français. La France applique la règle de source : même si vous bénéficiez d'une exonération locale aux EAU, vous restez redevable en France sur les revenus de source française (revenus locatifs français, plus-values sur bien français, revenus professionnels français si continuité d'activité).

Jonathan Sémon
Jonathan Sémon

Avocat fiscaliste au Barreau de Paris, spécialiste de la fiscalité internationale et des expatriés.

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Questions fréquemment posées

Le régime QFZP s'applique aux activités limitativement énumérées par la Ministerial Decision n° 229 of 2025 (qui a remplacé la MD n° 265 of 2023), prise en application de la Cabinet Decision n° 100/2023 : fabrication et transformation de biens, négoce de qualifying commodities, détention de titres, gestion de fonds et de patrimoine, réassurance, activités de navires et d'aéronefs, services de siège et de trésorerie aux parties liées, distribution depuis une Designated Zone, logistique. Le conseil, les services génériques et le développement logiciel ne sont pas qualifiants. Sont exclus notamment : transactions avec des personnes physiques (sauf exceptions), banque, assurance (hors réassurance), et la plupart des revenus immobiliers. Chaque activité exige une substance réelle aux EAU.
La règle de minimis (Cabinet Decision n° 100/2023, art. 4) stipule que si vos revenus non-qualifiants (activités non listées, transactions mainland hors cas permis) dépassent le plus bas de 5 % de votre chiffre d'affaires total ou 5 millions AED, vous perdez le statut QFZP à compter du début de l'exercice et pour les quatre exercices suivants. Cette règle force à maintenir une stricte séparation entre activités qualifiantes et revenus non-qualifiants.
La perte du statut QFZP entraîne l'application du taux standard de 9 % à la fraction du résultat imposable supérieure à 375 000 AED à compter du début de l'exercice de défaillance, ainsi que pour les quatre exercices suivants (Federal Decree-Law n° 47/2022, art. 18(3) ; Cabinet Decision n° 100/2023). La FTA peut en outre émettre un Tax Assessment unilatéral sur le fondement de l'article 24 du Federal Decree-Law n° 28/2022 sur les procédures fiscales, et appliquer les amendes administratives prévues à la Cabinet Decision n° 75/2023, telle que modifiée. Le contribuable dispose de quarante jours pour former une Reconsideration auprès de la FTA, puis pour saisir le Tax Disputes Resolution Committee.
La substance réelle requiert : bureau physique en Free Zone (pas de boîte aux lettres virtuelle) ; salariés locaux rémunérés et déclarés (au moins 1-2 FTE selon l'activité) ; contrats clients signataires de la Free Zone ; déclarations fiscales locales complètes ; comptabilité dans les normes émirates. Sans substance, l'exonération QFZP peut être remise en cause.

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